Don Aman

Starving

Label(s) : Urgence Disk Records
Sortie : 5 février 2018

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De prime abord, Don Aman pourrait renvoyer au titre du même nom coincé au mitan du Spiderland de Slint. Pourtant, à l’écoute de Starving et même de Tricératops la filiation n’est pas des plus évidentes. Certes, on a bien du mal à coller une quelconque étiquette à la musique du trio mais on est à peu près sûr que le vocable «post-rock» n’adhèrera que modérément. On croirait plutôt entendre de la folk. Et encore, en faisant abstraction des déchaînements soudains qui donne plutôt envie de les ranger au rayon noise. Bref, on ne saurait dire ce que joue Don Aman et pour tout dire, ça n’a aucune espèce d’importance. D’une part parce qu’on se fout de savoir à quoi ça renvoie ou dans quel segment erre le disque et d’autre part, parce qu’avec Starving, ce qui compte se trouve ailleurs. Libre et très personnel, il a tôt fait de nous piéger dans ses méandres tout à la fois doux et tumultueux. Écorchés vifs et inattendus, les morceaux prennent systématiquement par surprise : une entame apaisée tout à coup battue en brèche par un déferlement furibard (Ovar en deuxième position et quelques autres), un beau bordel qui se tait sans crier gare (Blitzkrieg le bien nommé et quelques autres), des enluminures solaires et esseulées (I’m Starving et quelques autres), des sons bruts et exploratoires (le tout aussi bien nommé Kraken et quelques autres), de la répétition sèche, de la technicité jamais vaine et péremptoire, des ornements veloutés, des emballements ténus, des enclaves tranquilles dont il faut se méfier, de la clarté cernée par la pénombre et de l’obscurité rehaussée de quelques rais lumineux. Parfois, les Dijonnais distribuent les éléments susmentionnés en les faisant se succéder intelligemment d’un morceau à l’autre et à d’autres moments, ils balancent (tout aussi intelligemment) le tout au même moment, si bien que Starving s’agrippe durablement aux neurones et finit par ne plus les lâcher.

Le grand truc du disque, c’est sa tension. Le couple basse-guitare (amplifiée mais acoustique aussi), très ample, incurve la course de Don Aman et vise majoritairement la zone floue séparant la retenue de la violence, la mesure de la colère. C’est bien lui qui constitue l’apex fureteur de leurs morceaux ; la batterie, plastique et malléable, précise, épouse ensuite parfaitement le relief accidenté dessiné par les deux autres. La musique apparaît ainsi en permanence fortement ténue, presque contrite et il en résulte une dynamique en dent de scie où le bruit naît par à-coups, décuplant l’impact des enclaves apaisées tout autant que des explosions soudaines. L’ossature de Starving est exacerbée et si les Dijonnais invitaient la nuance dans l’équation, les morceaux perdraient certainement de leur éclat. Le groupe tire tout simplement sa substance du contraste qui habite sa musique. Et puis il y a aussi la grande mélancolie qui se dégage de l’ensemble. Pour l’instant, on n’a pas encore parlé de la voix. Pourtant, elle est bien là, très présente mais aussi très discrète (et quand elle est absente, le trio le dit à l’instar de l’instrumental Il Ne Lui Manquait Plus Que La Parole), et son registre plutôt haut insuffle pas mal de spleen aux morceaux qui, de toute façon, ne sont pas non plus sans ça des plus guillerets. Il en résulte de très beaux moments – I’m Starving ou Nature Morte (où le groupe montre toute sa profondeur et son potentiel mélodique) , Megpie ou les sublimes dix-huit minutes de Douglas (quelque chose comme une Americana de combat) – durant lesquels Don Aman semble ne parler qu’à nous. Mais au final, c’est bien tout le disque qui hypnotise complètement. Précis, tout en finesse, touchant juste en permanence, prenant le temps de développer ses idées, virulent et sale mais accorte et beau l’instant d’après, Starving impressionne.

On ne saurait donc trop vous conseiller d’y jeter une oreille, voire les deux, ou d’y plonger tête la première puisqu’il va de soi qu’à la fin le résultat sera le même. Impossible de rester de marbre devant ce disque à la belle pochette (signée Marie Llanéza, rappelant de loin celle du Ceiling Coast de Tombouctou) où la maison aux couleurs douces cache un vrai incendie.

Grand.

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