DEK – 1981​-​87 Vol​.​1

Date de sortie : 01 avril 2023 | Label : Jelodanti Records

Au tout début, je n’y ai rien compris. Ensuite, j’ai continué à n’y rien comprendre. Et aujourd’hui, je continue à ne pas comprendre grand chose mais dans l’intervalle, un truc étrange s’est passé. Je ne sais trop comment ni pourquoi, ces proto-morceaux et ersatz se sont ruban-adhésivés à mes neurones. Bon, je ne vais pas faire semblant, je ne connaissais absolument pas DEK (André Dekeyser, Patrick Dekeyser et Vincent Epplay), trio actif dans les années 80 quelque part en Provence ayant sorti quelques cassettes autoproduites et pour partie rassemblées dans ce gargantuesque 1981​-​87 Vol​.​1 dont j’attends le 2 (si jamais il devait exister) avec impatience désormais.
Pourtant, à l’écoute, rien de transcendant. Un chant morne, des percussions qui font poum-poum, une peut-être trompette (ça souffle souvent chez DEK, il y a du vent), une myriade de bruits divers et variés et pas mal de collage-recollage-décollage, le tout rarement en même temps. Pas vraiment d’unité et des ossatures qui donnent l’impression de n’être jamais complètement achevées. Ça apparaît et disparaît en chassant l’idée d’avant par celle d’après, jamais la même. On identifie des choses étranges, « Qui a peur du méchant loup ? » qui finit par se grimer en allemand ou « Avec un soin infini/Je t’allonge sur le lit/Je t’arrache ta culotte/Et je te prends petite sotte » sur fond de scratchs navrants voire des aboiements, un chant divagant quand il n’est pas désolé, parfois des guitares à l’agonie et souvent les mêmes interrogations qui naissent de l’écoute, « Qu’est-ce que c’est ? » ou « Pourquoi ? »
Au tout début, j’ai même cherché un concept, le truc caché qui forcément m’échappait mais c’était en pure perte. Enfin, je pense. Sans doute que ça continue à m’échapper d’ailleurs. Ou pas. Parce qu’après tout, pourquoi ne pas simplement se laisser faire par les miniatures esquissées par DEK ? Quand on court-circuite l’encéphale et qu’on nie le réseau interne, quelque chose se passe indéniablement. Quelque chose qui trouve sa place. Qui se révèle même être franchement génial. Qui prend en permanence par surprise en s’autorisant tout. Je ne sais plus très bien à quel moment le non-sens a fait sens, je remarque juste que c’est arrivé et maintenant je trouve beaucoup de poésie aux collages foutraques de 1981​-​87 Vol​.​1 et j’ai bien du mal à m’en passer.

On n’est jamais loin des Residents voire de Negativland dans l’esprit et c’est sans doute pour ça que j’ai vainement cherché un concept. Mais une fois débarrassé de tout ce foutu pragmatisme, l’écoute a fait place nette. Ils m’ont alors sauté à la gueule, les Kein Grunde Bôse Zu Sein, Ici Tout Va Bien, Old Anatomy Lesson et leurs divers Interlude. Impossible de tout détailler, il y a trop de trouvailles et d’essais, des trucs sans queue ni tête pourtant bien achalandés qui finissent par toucher infiniment. Même un truc aussi chelou que Jazzy Doggy (qui correspond pile à son titre) révèle une vraie attraction (de prime abord insoupçonnée). Et Dem Schlimen Wolf qui le suit immédiatement ? Il est juste trop court. Et c’est comme ça souvent. Tout le temps.
On détaille les collages, les mouvements interrompus et le mouvement ininterrompu, très tranquille, le minimalisme qui devient maximaliste en laissant l’encéphale remplir les blancs, libre de participer au rapiècement des fragments épars qui dessinent in fine un grand tout. C’est complètement punk dans l’approche, très ironique dans le sérieux et sérieux dans le drôle, drastiquement expérimental aussi et en étant strictement bloqué dans les années 80 (no wave, hip-hop et breakbeat, free-jazz inondent la musique de DEK), ça sonne complètement intemporel.
Alors bien sûr, c’est fruste et primitif, très sommaire dans le son mais les militants de Jelondanti Records semblent l’avoir retravaillé et ça ne sonne pas du tout comme une cassette poussiéreuse. C’est en plus accompagné, comme à l’habitude avec le label, d’un habillage à tomber : quatre pochettes différentes réalisées à la main et avec amour pour un chouette vinyle marbré de gris et comme à l’habitude encore, pour une nouvelle sortie tant obscure qu’incontournable (et plus que jamais, chapeau bas Jelondanti).
En tout cas, je saurai maintenant quoi faire quand, le soir, je me sentirai tellement mal que je ne pourrai dormir. Il est probable que « Je fume ma dernière Pall Mall/Affrontant mes souvenirs » en écoutant les déconstructions de DEK.

Géniale saleté !

leoluce

7 thoughts on “DEK – 1981​-​87 Vol​.​1

    1. Bonjour M. Boizat,

      Un grand merci pour votre message 😉
      Si jamais nous vernissons le disque demain au Baron Rouge de 18h à 20h en présence de Vincent.

      Amitiés,
      Clara & Nicolas

  1. Très fier de mettre en bac cet « album de musique libre », oui libre, ce que la musique ne devrait jamais cesser d’être ! Merci à vous Jelodanti !

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