Plaster

Transition

Label(s) : Kvitnu
Sortie : 2 mars 2018

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Habitué d’une techno expérimentale volontiers noisy et déstructurée à la façon d’un Raster-Noton du caveau, Kvitnu semble encourager cette année les musiciens auxquels on s’attendait le moins à reléguer les beats au second plan. En attendant la sortie dans tout juste un mois d’un Lost Direction qui verra Submerged, patron de l’écurie Ohm Resistance et artilleur d’une drum’n’bass barbelée, s’associer au Français Amantra (le tout récent et fort impressionnant Dawn Of The Fourth Stage, c’est lui) pour une collaboration tenant plus du dark ambient sursaturé et irradié du second que des déluges de beats schizophréniques du premier à en juger par ce premier extrait particulièrement immersif et caverneux, c’est en effet Plaster, désormais projet du seul Gianclaudio Hashem Moniri, qui surprenait le mois dernier en laissant la techno et la kosmische musik de côté sur un Transition insidieux et suintant qui porte bien son nom.

Une série de transitions, c’est un peu ce que dévoile en effet l’Italien sur le successeur d’un Mainframe où il mêlait habilement – déjà lâché par son compère d’antan Giuseppe Carlini – relents kosmische, IDM post-industrielle et techno de Berlin dans une veine certes atmosphérique mais toujours très rythmique. S’il reste bien sur ce quatrième opus du projet, demeuré fidèle au label ukrainien depuis ses débuts en 2011 avec les excellents Zyprex 500 et surtout Platforms, quelques arpeggiators stellaires (sur l’intense The Climbers) et autres oripeaux synthwave (Disconnected Heart, qui aurait pu faire bonne figure lors d’un climax pessimiste et menaçant de la série TV Strangers Things) de cet underground rétro-futuriste des années 80 qui ne cesse de revenir sur le devant de la scène électro indé via les sorties cassette de labels tels que Field Hymns ou Constellation Tatsu, l’humeur y est bien plus ambient et saturée à l’image des reflux clairs-obscurs du final Children On The Cliff, et c’est à une tension vouée à n’être jamais totalement libérée que s’abandonnent ces progressions aux crescendos systématiquement étouffés dans l’œuf et sans véritable montée.

Aux collisions de saxo mélancolique et libertaire et de machinerie cybernétique de Zyprex 500 se substituent ainsi les déstructurations somatiques entêtantes d’Unregistered Product aux battements tachycardiques, tandis que la verticalité désincarnée de Platforms laisse place à une horizontalité rampante dès l’introductif Casual Encounter tout en dilatations orageuses de textures volcaniques. De ce dernier opus précédemment cité, sommet de la discographie du Romain à ce jour, Plaster retrouve ici la fausse répétitivité mutante et fluctuante des nappes électro organiques (Imaginary Friend) et une froideur oppressante aux radiations de synthés analogiques ultra-minimalistes (Caress From The Unknown) que le dancefloor dark du side project Kaeba de Moniri ou même dans une moindre mesure le sus-nommé Mainframe avaient quelque peu déjouée par une dimension parfois presque hédoniste – sans être racoleuse pour autant, on se comprend.

Cette fois, la dystopie se situe dans les cœurs et Moniri avoue d’ailleurs qu’il “voulait être proche des gens dans la vie quotidienne”, faisant certainement référence à l’angoissante mécanisation de nos habitudes et de nos interactions. Semi-improvisé sans la moindre post-production, Transition sonne ainsi comme une bande originale particulièrement crue de nos vies décomposées par le stress, les attentes et la pression du quotidien, cette apocalypse sociétale de rétrogression de l’humain qui a laissé nos âmes en friche (The Last Goodbye) telles des no man’s land émotionnels en attente de lendemains meilleurs que l’on n’ose à peine encore espérer (cf. la timide mélodie d’aube nouvelle de Children On The Cliff).

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