Deru

Torn In Two

Label(s) : Friends of Friends
Sortie : 19 octobre 2018

Si les nappes de textures craquelantes et embrumées ont toujours été cruciales chez le Californien depuis sa période sur feu Merck Records via notamment le beau Trying To Remember, une influence ambient devenue primordiale sur le score du ballet Genus cinq ans plus tard, puis au second plan du sommet syncopé Say Goodbye To Useless chez Mush en 2010, ça n’est vraiment qu’avec le superbe 1979 que Benjamin Wynn aka Deru s’est décidé à délaisser le roulis des rythmiques au profit de soundscapes nostalgiques et cristallins où mélancolie des claviers et onirisme des synthés propulsaient définitivement le beatmaker vers un autre univers.

Ce changement de cap, Torn In Two en est l’aboutissement, le déchirement du titre n’évoquant pas le moins du monde une valse hésitation entre electronica et drone puisque c’est désormais vers ce dernier que penche ouvertement la musique de Deru, plus inconfortable et ténébreuse qu’à l’accoutumée tant les stridences des synthés et autres grondements des basses y évoquent désormais un monde sur le déclin voire au bord de l’effondrement (cf. le morceau-titre). Peut-être celui dans lequel s’imagina jadis vieillir le jeune Benjamin, puisque le rétrofuturisme de l’opus précédent semble désormais collapser, les beats apocalyptiques du dévastateur Pyre, seuls vestiges rythmiques de l’album, accompagnant brutalement cet éboulement mental de fantasmes d’avenir soudainement confrontés à la réalité du monde qui nous entoure.

Quelques recoins d’évasion de l’esprit subsistent malgré tout, un bien-nommé Refuge bercé par une flûte post-classique mais assailli par son lot de crépitements menaçants, ou l’élégiaque All The Kings Men avec sa coda de musique de chambre baroque, mais d’un Borders tour à tour lancinant et malaisant aux marées purgatrices d’Undertow en passant par les saturations de désolation de Our Brief History ou le tragique crescendo piano/synthés de The Overview Effect, l’heure est aux requiems pour l’Homme, ses rêves et ses espoirs de futur en couleurs. Car jusqu’au final Warmer Nights, dont le spleen apaisé aux affleurements dronesques imposants dénote une acceptation synonyme de reconstruction, c’est bien le gris anthracite de sa pochette qui domine Torn In Two, fantastique ode néo-gothique à notre humanité gâchée.

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