Mendoza/Petit/Guthrie

s/t

Label(s) : BeCoq Records / Ranch Jams
Sortie : 02 novembre 2016

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Un petit bout de vinyle pour une grosse claque. Quatre titres au compteur et pas un de plus mais des uppercuts en cascade. Des griffures aussi. Les angles sont contondants et ils coupent. On n’en compte que trois : Ava Mendoza et sa guitare fuselée (des terribles Unnatural Ways entre autres très intéressants projets), Maxime Petit et ses ondes dévastatrices (qu’on ne présente plus mais s’il le fallait tout de même, on vous conseillerait de commencer par jeter une oreille à Louis Minus XVI), Will Guthrie et sa frappe féline et métamorphe (des fabuleux Ames Room mais aussi en solo). Tous ensemble attirés par le déconstruit, le disloqué et l’extrême tension qu’ils posent bien au centre. C’est très sec et chacun semble vouloir tirer à lui la masse sonore qui s’étire alors de tous côtés mais ne rompt pourtant jamais. Sans cesse tricotée et détricotée, il ne pourrait en rester qu’une charpie informe et complètement déchirée mais il n’en est rien. C’est même tout le contraire. Le maillage résiste, les morceaux restent debout et s’avèrent très solides malgré la grande entropie dont ils découlent. Ça tachycarde à qui mieux mieux, c’est sans cesse mouvant et donc extrêmement dynamique et, bizarrement, là où l’ensemble devrait filer à la vitesse de l’éclair, c’est plutôt l’inverse qui se produit. Les morceaux débordent leurs limites temporelles car leur apex à tête chercheuse décrit un nombre incalculable de circonvolutions qui poussent le temps à s’enrouler sur lui-même. D’où le paradoxe d’un power trio qui ne s’embarrasse d’aucune bifurcation pour aller du point A au B tout en multipliant les trajectoires. Très denses, les pièces avancent vite mais progressent lentement. C’est peu dire que l’amalgame free/noise/jazz prend toujours par surprise.

Épileptiques, dévastateurs mais aussi très techniques, les morceaux renferment chacun un bon milliard d’idées et dans ces conditions, difficile d’anticiper dans la seconde où se situera celle d’après. Certes, l’environnement général est plutôt angulaire et revêche, les échardes sonores écorchent les couches tendres de l’épiderme mais le disque reste en permanence jubilatoire et on a beau multiplier les écoutes, on y découvre en permanence des recoins inexplorés. Dès lors, difficile de décrire quoi que ce soit en quelques mots au risque d’une simplification par trop réductrice. Tout au plus dira-t-on prudemment que le bien nommé I met en avant le caractère très métamorphe de la passionnante guitare et montre que celle-ci a trouvé la rythmique idoine qui en épouse parfaitement toutes les chausse-trappes et les bifurcations inopinées. Fiévreuses, les trois minutes et quelques s’arrêtent bien trop vite alors que l’on en ressort essoré. Dès lors, II pourrait calmer le jeu, ce qu’il ne fait bien évidemment pas. Cette fois-ci, c’est la rythmique qui passe au premier plan et elle montre toute sa plasticité. Le caoutchouc de la basse se déploie toujours dans des directions inattendus, la batterie renforce tranquillement les fondations à grands coups de roulements et de descentes de toms et tout en-dessous, la guitare plante ses banderilles dans la masse sombre pour tenter d’y imprimer vainement sa trajectoire. III est sans doute le plus suspendu et le plus disloqué. Au début, c’est au centre tous ensemble puis subitement, ça se désolidarise. Chacun reste dans son angle en train d’observer les deux autres. Puis, tout aussi subitement, le collectif reprend le dessus et ce faisant, retrouve ses intentions pugilistiques. IV expérimente alors la vélocité et amène le plus vite possible vers la fin d’un disque incontestablement très varié.

Réunion de virtuoses, on reste soufflé par la propension du trio à laisser vivre sa musique. C’est évidemment très technique mais ce n’est jamais froid. C’est abstrait mais jamais abscons, c’est tout à la fois clair et opaque et on est plutôt ravi de comprendre très vite qu’on ne comprendra pas tout. Le power trio s’est bien trouvé et chacun met son expertise et son inventivité au profit du collectif sans jamais tirer à lui la couverture. Il en résulte une musique complètement libre puisque bâtie sur des armes qui lui permettent d’aller où bon lui semble. Et nous de la suivre les yeux fermés.

Vite, la suite.

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