Mia Vita Violenta

Grey Seas EP

Label(s) : autoproduction
Sortie : 17 décembre 2017

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Aujourd’hui, on s’intéresse à un EP dont on comprend tout de suite qu’il prendra son temps pour poser le décors (ou les décors). Une longue introduction à peine audible jusqu’à la déferlante : les deux guitares en avant, une rythmique féline, des voix souvent unies, toujours claires et aussi beaucoup d’accalmies. Pour faire vite, on dira que Mia Vita Violenta (emprunt à Blonde Redhead ?) pratique un post-hardcore très attiré par le post et que le groupe aime nuancer sa musique. Extrêmement contrastée, celle-ci n’est jamais ni complètement calme et encore moins systématiquement plombée. Elle reste à la croisée des chemins. Empruntant au post-rock son goût pour l’errance, elle évite cependant les dérives insipides en empruntant à la noise ses ruptures et ses angles. Grey Seas, leur troisième EP, est ainsi en permanence sur le qui-vive et nombre de bourrasques furibardes parcourent les mornes plaines qui ne le sont donc jamais complètement. C’est que Mia Vita Violenta soigne sa dynamique. Dès que l’itinéraire devient ronronnant ou que point l’assoupissement, un riff énorme vient réveiller le morceau et à l’inverse, lorsque la fureur menace de tout envahir, on stoppe net les hostilités pour repartir sur une voie bien plus apaisée. Et puis tant qu’à faire, le groupe laisse la part belle aux mélodies et n’a pas peur de les exposer au grand jour : on trouvera des chœurs au détour d’un refrain ou des voix doublées (Grey Seas) mais aussi de belles arabesques esseulées (Shape, Submerge) qui sortent les morceaux du sempiternel schéma mer d’huile → mer déchainée. Ce qui fait que même si l’on ne relève rien de fondamentalement original dans la musique de Grey Seas, Mia Vita Violenta a tout de même un truc bien à lui qui force à y revenir souvent.

L’autre élément qui constitue une belle réussite, c’est que l’ossature générale est bien plus complexe que ne le laisse paraître le rendu des morceaux. Ces derniers coulent les uns dans les autres sans à-coups et les changements inopinés de trajectoire, les empilements soudains se succèdent harmonieusement sans jamais casser le mouvement d’ensemble. Pourtant, pour peu que l’on s’y arrête, il s’avère bien difficile de prévoir l’itinéraire qu’empruntera le groupe pour aller du point A au B. Il y a toujours quelque chose qui prend par surprise : le travail sur les voix de Rise (elles se répondent sur le refrain, se retrouvent sur quelques mots ou se taisent subitement), l’épopée au long cours que constitue le titre éponyme (avec sa mélodie qui devient de plus en plus présente, de plus en plus appuyée au fur et à mesure que les instruments se déchainent), l’ouverture cinoque de Bipola, morceau par ailleurs plutôt carré, ou les tentations shoegaze assez inédites de Submerge. Et même si tout cela était déjà présent sur les EP précédents (le 1 en 2013 et le 2 un an après), on a toutefois l’impression que Mia Vita Violenta a franchi un cap avec Grey Seas. C’est sans doute le premier pour lequel il pousse si loin l’amalgame : post-hardcore et post-rock ne se succèdent plus mais s’entremêlent et s’épaulent. Les lames de fond mettent en exergue les accalmies sans lesquelles elles ne seraient rien et réciproquement. Les mélodies lumineuses naissent de passages plus bruitistes qui deviendraient vite vains et artificiels sans elles et ces mêmes mélodies seraient sans doute insipides sans les échardes qu’elles renferment.  En gros, le groupe a équilibré sa formule, semble avoir délesté sa musique de tout ce qui ne la servait pas et ce faisant, Mia Vita Violenta a incontestablement gagné en densité et profondeur.

Avec cet EP, le groupe commet ainsi un beau moment de musique sombre et alambiquée. Très bien construite et sonnant parfaitement, joliment cernée par une chouette pochette où les yeux de Camille Claudel sont masqués d’une trace de sang, elle ne laissera personne sur le bord du chemin à n’en point douter. Quoi qu’il en soit, voilà qui laisse attendre impatiemment la suite (on l’espère sous la forme d’un long-format) et qui place le groupe dans l’empan de ceux qu’on l’on surveillera de près désormais.

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