Panico Panico

Depression Quest

Label(s) : autoproduction
Sortie : 21 janvier 2020

Depression Quest est la première trace sérieuse de Panico Panico, « club de musiciens anonymes formé en 2016 à la suite de multiples échecs sociaux, économiques et professionnels » et qui, depuis, poursuit « la création d’une onde bipolaire, psychotique et alarmiste. » Alors, pour les échecs multiples, je ne sais pas trop mais concernant le reste, c’est plutôt bien vu.
L’onde est effectivement un poil bipolaire en parsemant sa dynamique qui peut, par endroits, se révéler exaltée de vertigineux à-pics désespérés. Bien sûr, c’est psychotique puisque ce club très fermé compte quatre personnes (Corentin Sarkadi, Romain Saccoccio, Richard Mouque et Anthony Loridant) et qu’elles sont au moins deux à se partager le micro. Enfin, alarmiste, ça ne fait aucun doute. C’est tout le temps inquiet. Le chant justement n’y est pas étranger. Il résonne dans l’arrière plan et revêt souvent la forme d’un monologue halluciné ébouriffé de cris mais, parfois, c’est aussi tout simplement du chant. Devant, les deux guitares tracent des lignes brisées très sèches et semblent jouer à l’économie alors que pas du tout. Elles remplissent minutieusement l’espace jusqu’aux plus petit interstices et résonnent aussi étrangement que les voix, imitent le ressac, grondent puis se retirent. La basse, tout là-bas au fond, tapisse et la batterie balance son lot d’estafilades qui rendent l’ensemble contondant.
Bizarrement contondant néanmoins. C’est aussi pas mal patraque quand même. Il y a un souffle affligé qui recouvre même les morceaux les plus enlevés (Rewinder ou Synchro K.O.), émousse les angles et délocalise le groupe dans un curieux entre-deux bien difficile à circonscrire mais qui fait tout le sel de Panico Panico.

Depression Quest ne compte que six morceaux coincés entre trois et neuf minutes mais ces derniers multiplient tellement les azimuts que l’on se retrouve bien vite égaré dans le disque. Panico Panico fraie à l’orée du noise-rock mais frôle le post-rock l’instant d’après qu’il abandonne en cours de route pour viser de loin le post-hardcore et cingler un temps dans l’indie rock. Du coup, on ne sait jamais trop ce qu’il joue, ce qui en soi est une très bonne chose. En déchirant ainsi minutieusement les étiquettes avant de les éparpiller puis de les recoller au petit bonheur la chance, Panico Panico échafaude une musique qui ressemble a beaucoup d’autres mais n’appartient in fine qu’à lui.
Les carrefours sont nombreux et les motifs bien difficiles à cerner mais ce qui apparaît surtout, c’est la belle élégance qui empêche le curieux amalgame d’être illisible. Quand un morceau commence, impossible de savoir dans quelle direction il va se déployer mais dans le même temps, tous déclinent plus ou moins les mêmes couleurs harmonieuses. Du coup, c’est vrai, on a beau ne jamais savoir où l’on est, on sait néanmoins à peu près où l’on va.
Depression Quest se dérobe ainsi sans cesse mais ce faisant, rend sa musique étrangement familière. On pense early 90 Day Men, un peu June Of 44, un peu Unwound ou Sonic Youth (voire, plus près de nous, Monplaisir), on pense aussi beaucoup à l’Amérique mais avec une étrangeté propre au groupe : les breaks impromptus de Primitive Vs Positive, les chœurs inattendus et un peu voilés de Madtrap ou Synchro K.O., l’évidence mélodique du plombé Rewinder, l’exploration foisonnante et magnétique d’Immaculate Non Concern et puis ce Depression Quest final dont on comprend parfaitement qu’il puisse être éponyme, rien d’évident mais que du très bon et du très prenant.

Il faut dire que les membres de Panico Panico ne sont pas les premiers venus et ont déjà traîné (et traînent encore pour certains) leurs guêtres dans Mia Vita Violenta ou (feu-)Ovny Soft et ENOB et qu’on n’est pas si étonné que ça qu’ils délivrent un album si abouti. Alors pour l’heure, il n’est même pas disponible dans son entièreté en digital mais un vinyle devrait voir le jour aux alentours de mars (chez Jarane) : jetez-vous dedans tête la première. Vous les aiderez non seulement à poursuivre leur « but lucratif » mais vous trouverez surtout un disque métamorphe et minutieux qui accompagnera vos idées noires (et moins noires) avec une infinie justesse.

Brillant.

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