New Tongues

DARK/LIGHT

Label(s) : Already Dead Tapes pour la version cassette, Expert Work Records pour la version vinyle
Sortie : 02 juin 2017

Share on Facebook0Tweet about this on TwitterEmail this to someone

Dès les premières secondes, c’est l’évidence : grande classe et élégance à tous les étages, le DARK/LIGHT de New Tongues sera précisément ce que promet son titre. Même si l’ombre occupe la pièce, renvoyant la lumière dans un coin, cette dernière reste bien vivante et ne disparaît pas. Il y a toujours un truc dans la musique pour en rehausser le côté par ailleurs complètement décharné : un riff légèrement plus solaire, une respiration bienvenue ou un angle moins obtus. Mais c’est bien tout et d’ailleurs ce n’est pas le clair-obscur qui tapisse les recoins que l’on retient en premier. C’est surtout le côté extrêmement sec des quatre titres de l’EP. Ces derniers ne brillent pas non plus par leur grande originalité mais pour tout dire, ça n’a aucune espèce d’importance. Parce que les morceaux de New Tongues effacent les synapses et le réseau qui tapisse l’intérieur du crâne. Plus de réminiscences, plus de cases bien rangées et quand on les écoute, ils semblent débarquer d’un continent vierge où les oreilles n’ont jamais foutu les pieds. Bon, ce n’est pas tout à fait vrai, on pense quand même pas mal à Am Rep et tout ce qu’il a engendré mais on n’a pas vraiment envie de creuser plus parce que l’écoute se suffit à elle-même et qu’on préfère ressentir l’impact de la musique plutôt que de chercher d’où elle vient. Très aride donc, également racée, elle semble ne pas bouger d’un iota d’une sortie à l’autre. Pourtant, en réécoutant l’inaugural We Are The Ones We Have Been Waiting For à la suite de DARK/LIGHT, on sent bien que quelque chose a changé. Plus posé, moins écorché mais toujours plus tendu, New Tongues a toujours balancé beaucoup de sensibilité dans son noise-rock angulaire mais petit à petit, celle-ci grappille du terrain et imprègne les strates jusqu’à atteindre la surface. La basse est énorme, la guitare, majoritairement barbelée et la batterie tabasse mais avec cette approche pour le moins binaire, le trio touche en permanence et transforme les cailloux en diamants noirs.

Il enferme les neurones dès Stay Woke : quatre notes égrainées, trois autres en écho, le tout répété plusieurs fois. Le tempo est lent et la voix, exténuée. Pourtant, là-dessous, on sent bien les remous et le calme n’est qu’apparent jusqu’à ce que les cris arrivent, débitant leurs «This one ends right here, before they steal my face» comme un mantra possédé, rejoints pour l’occasion par des chœurs inattendus. Une entame classieuse, oxbowienne qui préfigure les sept minutes de Gentle Release qui la suit. À peine plus enlevé, on y retrouve les chœurs lointains et la voix qui balance avec conviction un «He wears his weakness like a crown» qui résume assez bien un morceau qui suinte l’inquiétude et la résignation mais mute insidieusement en restant tendu tout du long. Beautification Project, c’est tout pareil mais c’est encore différent. Le tempo est à peine plus élevé mais se maintient tout de même dans cet entre-deux très carré qui permet de développer les idées et elles sont nombreuses (voix et guitare trafiquées, ossature fracturée, nappes bourdonnantes et j’en passe). Salt The Fields est le plus à part, les bidouillages électroniques, déjà présents, sont poussés plus avant et un souffle synthétique habille la longue divagation qui, elle aussi, mute insidieusement. Mais surtout, c’est le texte qui accroche car là aussi, New Tongues a tout soigné. Aussi beaux que le musique, sans eux, l’éclat de DARK/LIGHT (et par extension, de tout ce qu’ils ont sorti) ne serait pas le même. «They were dead anyway, You were dead anyway, You’ll be dead anyway», on ne saurait mieux dire pour décrire un morceau qui sent le sel et le vent aride, à peine plus qu’un squelette desséché abandonné là dans le sable. Un morceau pourtant qui ne jure pas par rapport aux autres, le trio étant à l’aise à tous les niveaux, maîtrisant complètement tous les aspects de sa musique.

On ne saurait trop vous conseiller de vous jeter sur tout ce qu’a sorti le groupe de Columbia, la plupart du temps disponible en numérique pour un prix dérisoire, voire pour rien du tout, bien pratique pour en découvrir toutes les occurrences d’une égale majesté. Avec New Tongues, on n’est jamais déçu et chaque album ou EP les voit s’approcher encore un peu plus de l’épure qu’ils semblent convoiter.

Grand.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.