Bad Breeding – Human Capital

Date de sortie : 08 juillet 2022 | Label : One Little Independent Records (outre-Manche), Iron Lung Records (outre-Atlantique)

On peut cracher sur le capitalisme conquérant sans tomber dans les affres du pensum ou d’une rédaction de 3e. On peut avoir la haine mais ne pas en vouloir au monde entier. On peut laisser le soin à d’autres de structurer sa pensée parce que c’est leur truc et qu’ils savent le faire (Jack Farrell par exemple, l’auteur de l’essai qui accompagne le disque). On peut néanmoins encapsuler le combat dans sa musique. Sans être ouvertement didactique, donner de leçons et expliquer ce qu’il faut penser parce que ce n’est pas comme ça qu’on voit les choses. On peut juste donner à voir, à entendre et croire les gens capables de faire le reste. On peut jouer du punk hardcore qui, par définition, ne s’adresse pas au plus grand nombre et mettre en avant son goût immodéré pour le collectif et la solidarité. On peut avoir une attention particulière pour le fond sans pour autant délaisser la forme. On peut aussi injecter de l’espoir dans ses missives désespérantes parce que pousser l’auditeur.trice à beugler des slogans à l’unisson d’un disque peut parfois se révéler être une expérience protestataire aussi forte qu’une manifestation.

On retrouve un peu tout ça dans Human Capital, le nouvel album de Bad Breeding. C’est non seulement intéressant à voir et à lire mais c’est aussi intéressant à écouter. Sa violence musicale au propos politique est très contagieuse et se prendre en pleine poire ces douze occurrences incendiaires est purement jubilatoire. Comme d’habitude avec eux, ça avance à mille à l’heure, ça distribue les bourre-pifs sans retenue mais ça peut aussi être nuancé : pour un purement anarcho-punk et explosif Joyride, on compte aussi un Misdirection presque surf ou le plus post-punk éponyme par exemple. Le tout entrecoupé de missiles hardcore ultra-agressifs qui desquament tout sur leur passage.
Alors c’est vrai, la pochette monochrome photocopiée, le lettrage, les images convoquées et tutti quanti ramènent directement à Crass ou Rudimentary Peni mais peu importe parce que c’est toujours aussi efficace et salutaire. Rien à voir avec un ego-trip nostalgique donc, tout est actualisé. La rage et l’exaspération contenue dans la voix de Chris Dodd sont bien réelles, guitare, basse et batterie veulent clairement tout foutre en l’air : la résignation n’est clairement pas une alternative chez Bad Breeding.

Le rythme martial qui ouvre Community ne reste rigide qu’un tout petit moment et se meut ensuite en relief fracturé. Les morceaux se succèdent sans se ressembler vraiment, demeurent abrasifs tout du long mais varient le tempo, tantôt rapide, tantôt lent. Ça racle et ça crie, ça crie et ça vrille, ça crie et ça crie en permanence et lorsqu’en moyenne tout est expulsé en deux minutes, ça avoisine les cinq sur deux titres, chacun planqué comme à l’habitude en fin de face, histoire sans doute d’être complet et exhaustif dans son chaos.
On a beau être habitué, Human Capital se montre tout aussi vital que ses trois ainés et son message qui répète à longueur de morceaux que l’individualisme sera toujours une arme au service des puissants est plus efficace accompagné d’une musique incendiaire et accidentée que sans.

leoluce

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.