Lewsberg

In This House

Label(s) : autoproduction, 12XU (pour les Etats-Unis)
Sortie : 27 mars 2020

Ça pouvait être une autre façon d’envisager la vie et le temps qui passe, une occasion peut-être de se concentrer sur l’essentiel, de faire le tri, d’envoyer valdinguer bien loin l’inutile, la fioriture qui pèse, le poids invisible du quotidien… Mais non, me concernant, cette étrange période s’est accompagnée du deuil de mon père et de l’impossibilité de l’habiller du moindre rite. Je suis à côté de moi-même depuis et, chose inattendue, la musique ne m’a été d’aucun recours.
Un temps du moins.
Ça revient petit à petit. Et alors que mes doigts retrouvent difficilement le chemin du clavier, que mon cerveau répète en boucle pour lui-même « À quoi ça sert, tout ça ? », je me force sans me forcer, attiré par je ne sais trop quoi. Et je jette mon dévolu sur un groupe et un disque qui se concentrent sur l’essentiel et envoient valdinguer bien loin l’inutile et le pesant.

Alors bien sûr, ils ne payent pas de mine. Très sec, près de l’os tout le temps, In This House, deuxième album de Lewsberg après l’éponyme de 2018, capitalise sur une poignée de morceaux qui n’ont pas grand chose pour eux. Se débarrassant difficilement de l’ombre tutélaire du Velvet Underground qui plus est. Ça sonne connoté en permanence. C’est très patraque mais aussi pas mal nerveux et ça balance son lot de chœurs minimalistes dans les refrains parce qu’il ne s’agirait pas de trop étoffer l’écorché. Chez Lewsberg, les guitares (Arie van Vliet et Michiel Klein) plong-plonguent majoritairement et ne sont pas toujours dans la justesse, parfois un petit pling s’échappe mais attention, avec parcimonie et la plupart du temps, elles bloquent sur une forme de répétition maladive qui donne l’impression d’avoir fait le tour du morceau dès son entame. Il leur arrive également de saturer mais quand elles le font, ça ne dure jamais très longtemps et d’ailleurs ça précipite souvent la fin (Left Turn en ouverture). La voix (Arie van Vliet encore) ne semble qu’effleurer le micro, d’un air très détaché qui maintient irrémédiablement à distance. La batterie (Dico Kruijsse) est parfois là et tapote mais oublie quand même assez souvent de le faire et du coup, elle marque surtout par sa discrétion. La basse (Shalita Dietrich) de son côté se contente de souligner et prend rarement les choses en main . Encore une fois, à bien y regarder, les morceaux n’ont pas grand chose pour eux.
Et pourtant, ils cueillent.
C’est qu’ils n’en font jamais trop. Chez Lewsberg, tout est à sa place : moins, il n’y aurait vraiment rien, plus et tout se casserait la gueule. L’équilibre relève d’une alchimie très particulière et on imagine volontiers le groupe passer des heures à tailler dans la masse pour ne garder que l’essentiel, arasant au scalpel la moindre protubérance. Dans ces conditions, tout devient inattendu. Le très plat et extrêmement pelé The Door au mitan du disque se voit ainsi dynamité par une saturation impromptue qui le précipite dans l’étrange avant que le très nerveux Through The Garden ne vienne balancer ses diatribes saisissantes, à l’instar de ce « That’s what Jenny said before she blew her head off… » rehaussé de riffs minimalistes qui procurent un effet bœuf.

Alors bien sûr, parfois, ça tombe un peu à côté mais c’est tout de même assez rare. At Lunch est ainsi très charmant, idem concernant le strictement instrumental Trained Eye mais rien à faire, c’est quand Lewsberg revêt ses habits les plus hirsutes qu’il me parle le plus, quand il ne fait aucun effort et ne semble jouer que pour lui-même : Left Turn, Cold Light Of Day, From Never To Once, Through The Garden, le bien nommé Interlude, le très invertébré mais complètement prenant Jacob’s Ladder (susurré par la bassiste Shalita Dietrich) ou Standard Procedure qui vient clore le disque accrochent par leur vibration proto-punk mal dégrossie et leurs petites histoires de vide émotionnel et de mal-être très bien croquées. Il y a une forme d’évidence là-derrière, un côté indiscutable qui agrippent les neurones et donnent l’impression que le groupe a tout compris ou maîtrise en tout cas parfaitement ce qui sort de ses doigts.
D’accord, rien de bien nouveau, rien de novateur mais la petite musique minimaliste des Néerlandais, patraque et de guingois mais surtout authentique et carrée, accompagne idéalement ces temps de repli forcé et de larmes amères.
Leur maison est ainsi devenue la mienne.

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