Secte – Secte

Date de sortie : 14 janvier 2022 | Labels : La Face Cachée, Araki records, Do It Youssef !, Les Clampins D’Abord, Whosbrain Records, Attila Tralala, Cheap Satanism Records et Distro M4.

Secte par Secte. Et on n’y décèle pas la moindre parole. Juste des notes de guitare égrainées le long d’un sillon percussif plutôt ténu. C’est assez sec, très resserré mais on voyage beaucoup. Dans l’espace évidemment mais dans sa tête aussi. A priori, le grand truc du duo, c’est le désert – l’infini minéral tanné par le plomb du soleil – sauf quand il choisit d’explorer des choses plus impalpables, plus abstraites et mystérieuses, donnant l’impression d’arpenter les circonvolutions de la dure-mère. Souvent, c’est minimaliste et en deux/trois mouvements, on est délocalisé ailleurs ; parfois, il y a trop de notes – ça n’arrive pas trop souvent – et l’on se retrouve dans un espace un peu baroque, légèrement progressif mais que je ne qualifierais toutefois jamais de bavard. Secte est un peu trop instinctif pour cela. C’est une étrange entité qui embrigade trop facilement les neurones et on comprend assez vite pourquoi le duo s’est baptisé ainsi (oui, c’est facile mais des fois, les choses le sont et on va s’autoriser à utiliser le cliché).
Ça commence tout doux via un 332 qui dure exactement 3 minutes et 23 secondes, c’est légèrement orientalisant, très clair-obscur et il y a du bourdon dans l’arrière-plan qui empêche le morceau d’être simplement tranquille. D’autant qu’après, ça se gâte. Ça s’appelle Syria et à un moment, tout s’emballe : la frappe devient plus appuyée, la guitare montre les crocs et l’ensemble fait naître un plan-séquence derrière les yeux où l’on se retrouve à surfer une grande vague de sable en se mangeant d’incisifs et griffus embruns. En seulement deux titres, on est déjà très captif du duo.

La suite, bien sûr, est du même acabit. Ce premier album (après un quatre titres en Juin 2018) est un long exil, une errance le long d’un relief in fine plutôt fracturé, les mornes plaines ne l’étant jamais vraiment. Ça ne renvoie pas vraiment à ce que l’on connaissait déjà de Grégory Duby et David Costenaro mais dans le même temps, ça n’étonne pas vraiment. Rien à voir avec K-Branding ou Vitas Guerulaïtis, pas même avec Jesus Is My Son mais quelque part, un peu quand même. Le côté pas fixé, fortement exploratoire et surtout, cette façon d’aller jusqu’au bout du bout des idées qui donne à Secte un côté tendu et débordant (encore une fois, on a parfois l’impression qu’il y a trop de notes) quand tout y est paradoxalement très parcimonieux et mesuré.
Le duo bruxellois donne souvent l’impression d’avancer à l’instinct mais quand on se prend à détailler l’ossature, son aspect ciselé impressionne : les percussions tribales d’Ethiopia qui répondent aux bong de la guitare, les mouvements hallucinés de Fin De Sabbat, la dentelle pressée de Longa D, la lente montée chargée de claviers psyché/70s’pour For Miles ou le plus heurté (et évidemment bien nommé) Secte. Tout ça dessine quelque chose de très beau, qui prend parfois des airs de fragile édifice alors que tout ce que l’on y entend se montre au contraire infiniment solide et équilibré.
En permanence fureteur, ne se cantonnant jamais à un seul continent ni à une seule époque, les métissages de Secte font un bien fou en ces temps fascisants. De l’ampleur – au vrai sens du terme, le disque respire beaucoup – de l’instinct, de la nuance, de la complexité et au bout, une flèche en plein cœur qui valait bien un peu de prosélytisme.

(leoluce)

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