Sweeping Promises

Hunger For A Way Out

Label(s) : Feel It Records
Sortie : 14 août 2020

Je vais encore assommer les éventuel.le.s lecteur.rice.s de ces pages virtuelles avec des histoires de post-punk mais c’est comme ça, il se passe des trucs vraiment intéressants de ce côté-ci de la mappemonde musicale en ce moment (O.K., ça fait plus qu’un moment mais… et alors ?).
Nouvelle sortie estampillée du logo du très chouette Feel It Records, voici Sweeping Promises, un trio de Boston jusqu’ici inconnu et dont je ne sais évidemment pas grand chose (il semble être l’émanation actuelle du duo Lira Mondal/Caufield Schnug déjà croisé auparavant chez les dream-popeux Mini Dresses, les plus punk Splitting Image et les très post Dee-Parts). L’album s’appelle Hunger For A Way Out, c’est le premier et il commence directement par le morceau qui lui donne son nom. Bien vu, c’est aussi presque le meilleur. Une façon d’accrocher dès l’entame puis de maintenir la pression tout du long car la suite est quasi du même acabit et tout ça se montre extrêmement bien foutu.
Au menu, une basse sèchement caoutchouteuse qui aime prendre les devants, une guitare lapidaire qui aime manier la fuzz, une batterie discrète qui aime changer subrepticement d’azimut et des claviers bizarres qui aiment prendre le contrepied de tout ce que les trois autres s’échinent à construire. Et puis bien sûr, la voix de Lira Mondal qui renvoie parfois Sweeping Promises à Blondie mais en beaucoup plus crade. Sinon, pour rester dans l’exercice pénible des supposées influences – encore une fois, je ne sais pas grand chose de ce groupe – sa musique rappelle de loin celle d’Au Pairs, voire, pour la caution contemporaine, celle de Lithics. Le même goût pour la sécheresse et la ligne brisée.
Au menu aussi, des morceaux ultra-efficaces et sans fioritures. Tout est généralement dit en moins de trois minutes mais c’est largement suffisant pour aller jusqu’au bout du bout des idées que le trio a en tête. C’est très minimaliste et avec trois fois rien, Sweeping Promises suggère beaucoup et aime brouiller les pistes. Très ténu et près de l’os avec des mots parfois à peine susurrés (Upright), son post-punk renferme des bouts de mélodie qui s’agrippent aux neurones, de temps en temps abandonnés en cours de route, parfois dynamités par un coup de synthé bien barré mais la plupart du temps maintenus tout du long comme un gimmick auquel on s’accroche.

L’album commence donc sur les chapeaux de roues via l’éponyme d’ouverture: basse rapide, guitare élégamment crade, claviers désarçonnants et voix saturée, tou.te.s tiraillé.e.s entre quiétude et inquiétude, refusant de choisir leur camp camarade. Idem pour les morceaux suivants qui, bien que gémellaires, se distinguent systématiquement du précédent en appuyant qui sur la répétition (Cross Me Out), qui sur la lenteur (Blue) ou la nervosité (Falling Forward). C’est tout à la fois inscrit dans le passé (c’est du post-punk) et très contemporain (c’est pas mal déstructuré) et, généralement, le groupe insiste sur son côté punk.
Vient aussi une doublette étrange (parce qu’elle rompt quelque peu avec le reste sans dénaturer quoi que ce soit) – Upright et An Appetite – très solaire et presque funky (un côté entraperçu ici et là mais jamais autant mis en avant que sur ces deux morceaux) où le trio abandonne son côté urbain pour s’en aller batifoler cheveux au vent dans les embruns. La voix mène les débats et use de tout son potentiel de séduction mais est à chaque fois rattrapée par le côté renfrogné des morceaux. Un côté que la Single Mic Technique de captation exacerbe.
Au milieu de tout ça, des tubes en pagaille, Hunger For A Way Out, Blue, Falling Forward et beaucoup d’autres qui ramènent aux ’80s balbutiantes et donnent parfois l’impression d’être tomber sur un inédit estampillé Rough Trade. Pourtant, le disque est très loin de fonctionner sur la bête nostalgie d’un supposé âge d’or et peut capitaliser sur une construction au cordeau et un sens de la composition concise qui fait mouche en permanence.
Avec ces morceaux très addictifs et malins, ses arrangements tout à la fois bizarres et élégants, sa façon de louvoyer en ligne droite, Sweeping Promises correspond pile à son patronyme et n’a pas son pareil pour concocter des bombinettes aigres-douces qui s’incrustent durablement sous la peau.

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