Whisper Room

The Cruelest Month

Label(s) : ConSouling Sounds
Sortie : 7 avril 2014

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Sur le thème “Oh honey, why don’t you come back ? – Le disque du retour” de la 8ème édition du Grand Jeu sans Frontières des Blogueurs Mangeurs de Disques.

Ne vous y trompez pas, à l’échelle d’Aidan Baker ce retour du trio de Toronto 5 ans après Birch White est tout à fait digne de Linda Perhacs et de ses 43 années de hiatus. Avec sa moyenne d’une quinzaine de sorties par an depuis 2002, on ne présente plus le guitariste de Nadja, d’autant moins depuis sa participation à notre compilation Transmissions from the Heart of Darkness qu’il avait gratifiée des nébulosités hypnotiques du bien-nommé Study In Pulsations en ouverture de son 4ème volet In Limbo l’an passé. Un morceau dont les sonorités s’apparentent justement à celles qu’il explorait en 2009 sur le premier album de Whisper Room, projet l’associant au batteur Jakob Thiesen (Students) et au bassiste Neil Wiernik (NAW) sous l’égide de l’ingé son Mark Thibideau chargé de rendre justice aux enregistrements live qui constituent également la trame de son successeur The Cruelest Month.

 

Capté par ses soins en avril dernier à l’Ambient Ping de Toronto et masterisé par l’omniprésent James Plotkin, ce deuxième opus, à l’image de Birch White, ne présente pour autant aucune trace de sa genèse scénique si ce n’est cette nature semi-improvisée qui voit les jams liquéfiés du trio s’étirer sur des morceaux allant en gros de 7 à 11 minutes. Au regard d’une paire de collaborations inégales parues dans l’intervalle avec le même Thiesen, qu’allait-il rester sur The Cruelest Month du pouvoir de fascination de Birch White, pierre angulaire des humeurs éthérées qu’affectionne aujourd’hui le Canadien entre deux murs de son plus massifs et sursaturés avec Nadja ? C’était forcément la question que l’on se posait à l’approche de cette sortie et si la cavalcade en échos du premier extrait lâché sur Bandcamp par le trio et son label ConSouling Sounds n’impressionnait pas plus que de raison, ses terminaisons légèrement abruptes tout comme son titre numéraire indiquant l’index de départ du morceau (TCM05 33:01:78) laissaient entendre qu’il faudrait écouter l’album dans son entier pour vraiment s’en faire une idée.

 

Au contraire de celles qui constituaient l’opus précédent, ou de façon plus explicite car parfaitement intriquées par un jeu de transitions feutrées, les six pièces de The Cruelest Month sont en effet autant de mouvements d’une même progression musicale devant cette fois tout autant au post-rock qu’au krautrock, à l’ambient et au psychédélisme tribal qui prédominaient jusqu’alors chez Whisper Room. Un post-rock bien sûr étonnamment coulant, sans arrêtes électriques ni affleurements noisy, presque aquatique dans la façon dont se répondent les percussions et guitares en miroir sur TCM02 11:45:45. Ainsi, de prime abord, l’album peut avoir l’air de ronronner un brin, sans réelles aspérités ni pics d’intensité et pourtant les crescendos sont bel et bien présents sous les textures mouvantes des nappes d’instruments triturés, discrets dans les frappes de plus en plus appuyées de Thiesen et la multiplication des loops de guitare graciles sur TCM04 23:51:89 ou un TCM06 39:54:95 final aux distos rétro-futuristes joliment saillantes, mais plus évidents dans l’accélération du tempo et la densification des effets sur TCM01 00:00:00, TCM03 17:06:04 et le sus-mentionné TCM05 33:01:78.

 

En dépit de constructions parfois redondantes et d’une dimension plus light, l’album finira ainsi par nous embarquer grâce à cette belle fluidité des sonorités, des architectures et de leurs enchaînements. Pas de quoi nous faire oublier les climax de tension pulsée et autres troublantes digressions oniriques d’un Birch White qui n’a décidément pas pris une ride, ni concurrencer les parfaites poussées de fièvre tribal ambient du nouveau B/B/S/, meilleure sortie d’Aidan Baker en ce début d’année, mais sûrement pas non plus de quoi regretter l’extrême prolificité d’un musicien dont la discographie ne cesse de nous captiver.

 

Rabbit

 

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  • Effectivement vu le côté addictif de cette musique et le comportement prolifique du Bonhomme tel que tu nous le décris je conçois que tu sois en manque après 5 ans !
    Tu me vois venir : pas ma came ! Mais bien dans le ton de tout ce que je découvre quand je passe dans le coin.
    Et pochette magnifique.
    Thanx.

  • Heureux de votre participation, je vais pouvoir retourner dans ce monde inconnu!

  • Rabbit :

    Merci à tous les deux !

  • Quelle pochette, le reste un peu moins évident pour moi.

  • C’est très beau. J’ai un peu de mal avec le son de certaines nappes de synthé, mais c’est très bon. Et c’est une découverte, comme 99% de ce que je trouve ici, merci beaucoup, beaucoup pour ça.

  • Sadaya :

    Ça me plaît énormément! Je vais continuer à découvrir…

  • Rabbit :

    Content que ça vous plaise ! Même pour les fans d’Aidan Baker, ce projet n’est pas très connu je pense. Désolé au passage d’avoir opté pour un album qui n’est a priori pas encore dispo sur internet mais il sera en écoute intégrale via Bandcamp d’ici quelques semaines.

  • Je suis venu, j’ai découvru et j’ai ému…

    Un soupçon de Tangerine Dream je trouve…

  • Sb :

    Magnifique ces 6 minutes.

  • Encore une fois Rabbit, c’est une excellente (et sombre) découverte faite ici, doublée d’un choix pertinent et novateur, bien différent de beaucoup des autres participants (dont le mien je reconnais). Pour cela MERCI !!!
    Ce projet d’Aidan Baker, Whisper Room, à l’air très fascinant et surtout très hypnotique. Tellement cette musique m’a intrigué que j’ai téléchargé les 2 albums. Je vais prendre le temps de les écouter tranquillement avant de te donner mon avis car c’est le genre de disque qui demande du temps justement, de l’attention et de la disponibilité. Un art sonore à explorer en profondeur mais dont on sent immédiatement que chaque écoute va nous réserver son lot de surprises….comme Nadja, Labradford ou “Brick Mask” de B/B/S.
    J’ai hâte de voir tes prochains choix et papiers.

    A +

    • Rabbit :

      Merci Francky, pour le moment je vais laisser la place aux autres mais ça devrait être du même acabit. Tu dois avoir de bonnes sources, je pensais pas qu’on puisse déjà trouver ce (futur) nouvel album…

    • Sb :

      Quand tu cliques sur Buy now, tu peux télécharger les 6 morceaux.

    • Rabbit :

      Ah ben merde, faudrait leur dire peut-être, ils ont dû se vautrer…

      (“Track 5 available now as a sample” et comme c’est aussi la seule en écoute, je pense pas qu’ils souhaitaient diffuser le reste un mois avant sortie)

    • Sb :

      Ça y est… Il n’est plus dispo en Name your price.

    • Rabbit :

      Bah oui c’est ma faute, j’ai envoyé un message à Adan Baker… autant qu’il puisse en vivre un peu, avec tout ce qu’il nous offre !

  • Chris :

    J’ai commencé à écouter (parce que je ne connaissais pas…) et c’est tout ce que j’aime…comme souvent chez toi (vous)…merci pour la découverte!
    Et la pochette est très jolie…

    • Rabbit :

      Merci à toi de passer par ici !

  • C’est tout à fait mon truc, je vais creuser!

    Xavier – blinkinglights

    • Rabbit :

      Tu m’en vois ravi !