Black Ink Stain – Incidents

Date de sortie : 30 avril 2021 | Labels : Araki Records, Atypeek Music, Day Off Records, P.O.G.O. Records

Black Ink Stain, Incidents, des flammes en noir et blanc qui consument la pochette. Quelques indices déjà montrant qu’on ne va pas rigoler beaucoup. On commence l’écoute et on ne s’était pas trompé : ce qui sort des enceintes ne marque pas vraiment par son côté lumineux.
Black Ink Stain, c’est un trio (originaire de Clermont-Ferrand) et sa musique, du noise-rock à la noirceur de jais. Très marqué par les ’90s, rappelant Unsane même si Incidents n’est évidemment pas un décalque : c’est frontal et jusqu’au-boutiste certes mais c’est aussi très froid. Un genre de glas résonne d’ailleurs au tout début et il traduit plutôt bien ce que sera le disque. Tendues, incisives, tracassées, les huit enclumes d’Incidents transpirent l’exaspération, la colère et le pas clair par tous les pores de leur masse froide et il y a un je-ne-sais-quoi de moribond qui s’insère en permanence là-dedans.
Ça ne va jamais très vite mais c’est empreint d’une lourdeur singulière, bien plus ressentie que réelle, un peu comme si les morceaux avaient du mal à s’extirper de la boue froide qui leur colle aux basques, tout entiers insérés dans une gangue malléable qui n’empêche peut-être pas le mouvement mais limite les gestes. Incidents ne garde que l’essentiel et l’essentiel, chez Black Ink Stain, est contenu dans son nom : une tâche d’encre noire. Une tâche que l’on imagine à la Rorschach mais qui ne révèle que des images pas bien jolies.

D’emblée, c’est Slice Of Pain, sa grosse basse psychorigide, les incisives de sa guitare barbelée, la batterie un poil tribale et les cris. Les enclaves de calme relatif aussi où ne semblent résonner que quelques arpèges clairs alors que les tirs de mortier ratissent le pourtour. Ça représente bien ce que par quoi va nous faire passer tout le reste : ça sera souvent massif mais il y aura aussi ces îlots suspendus dans les airs, permettant à la fois de retrouver son souffle mais exacerbant aussi le grand malaise.
Le reste, ce sont donc des morceaux ultra-précis (et parfaitement captés par David Weber aux Forces Motrices à Genève) et assez variés malgré le vernis monolithique bien noir qui les recouvre : le chant clair et le tempo lent de Pont Des Goules, le strictement instrumental Sans Façon, l’urgence toute unsanienne d’I See You Dead ou Frozen Stance, les strates à l’épaisseur mouvante de S.O.M.A, etc. La nuance est loin d’être proscrite et les potards ne sont pas que dans le rouge, décuplant l’envergure d’Incidents. D’autant plus qu’en jetant une oreille sur leur déjà très intéressant éponyme de 2017, on voit bien comment le trio a travaillé sa matière, arasant les derniers reflets catadioptres pour ne garder aujourd’hui que le charbon noir.
À bien y regarder, la musique de Black Ink Stain est parfaitement retranscrite par la classieuse pochette : on sait bien que c’est un incendie mais les flammes ont l’air froides et on imagine volontiers la morsure du brasier complètement glaciale.

Bien noir peut-être mais surtout brillant.

(leoluce)


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