Rata Negra – Una Vida Vulgar

Date de sortie : 23 avril 2021 | Labels : Humo Internacional (Espagne) et La Vida Es Un Mus (reste du monde)

Le soleil blafard repointe le bout de son nez et inonde une vie au ralenti. À côté de ses pompes. Un poil d’optimisme héliotrope mais ça reste timide. Allez, haut les cœurs et pour accompagner ce (faible) regain d’énergie, le Una Vida Vulgar de Rata Negra fera (très) bien le job. Troisième album déjà – après le Oído Absoluto inaugural (2017) et Justicia Cósmica (2018), tous deux parus sur le toujours excellentissime La Vida Es Un Mus (entre autres) – mais le premier à mettre à ce point en avant le côté pop du trio madrilène (constitué de membres de La URSS, Juanita Y Los Feos ou encore La Fe, tous portés sur le versant punk des musiques amplifiées) et il en résulte cette collection de bombinettes acidulées franchement irrésistibles. Alors attention, ça reste encore très punk dans l’arrière-plan et très marqué par les ’70s agonisantes/’80s balbutiantes mais les échardes semblent aujourd’hui entièrement recouvertes de sucre. Elles entaillent toujours l’épiderme et le sang qui s’en écoule paraît de plus en plus velouté lorsqu’on le porte à la bouche.
Pourtant, rien de vulgaire contrairement à ce qu’énonce le titre, juste une poignée de morceaux expédiés majoritairement en deux minutes, atteignant parfois les presque trois, les dépassant rarement et qui capitalisent toujours autant sur la voix de Violeta. Une voix qui scande ses mots en Espagnol mais qui dessine aussi l’apex de chaque titre ; basse, guitare et batterie s’engouffrent ensuite dans l’azimut et le trio apparaît ainsi hyper-compact. Où qu’ils aillent, ils y vont ensemble et cela contribue grandement au côté indéboulonnable d’Una Vida Vulgar.

Comme à chaque fois, le disque fait immédiatement son trou. Il séduit d’emblée et les écoutes suivantes ne font que confirmer : celui-ci aussi monopolisera la platine. L’évidence mélodique le dispute à la rythmique cadrée et dynamique et comme tout est souvent concis, les tubes succèdent aux tubes : aucune fioriture, rien de vain, absence totale de remplissage, énergie à revendre, chez Rata Negra on ne garde que l’essentiel et chez eux, l’essentiel, c’est aussi le meilleur.
Dès Venid A Ver, les riffs déboitent et sautent à la gueule, la basse est juste mise en avant comme il faut pour bien accrocher l’oreille, la batterie tatapoume imperturbablement et l’ensemble dessine un morceau non seulement classieux mais aussi imparable. Mais ça ne s’arrête pas là car tous les autres, absolument tous, sont du même acabit : beugler à tue-tête le refrain d’El Escarmiento, rebondir sur les murs avec Desconfía De Ese Chico, lever le poing au rythme de Maldición, surfer la vague En La Playa et ainsi de suite jusqu’à l’agonie du disque. Même lorsque le groupe frise le trop plein – sur le plus évident Cuando Me Muera par exemple – il séduit quand même par sa concision. Bref, un carton plein pour un disque rempli jusqu’à la gueule d’un punk brillant excellemment mis en valeur par une production aux petits oignons et que l’on rangera dans ses étagères entre Litige et Sweeping Promises (pour rester dans le contemporain) par exemple.
Un seul bémol… la pochette. Les visages détourés, ça n’est jamais une bonne idée.

Pour le reste, jetez-vous sur cette incandescente pépite et écoutez-la fort.

(leoluce)

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