Carver – White Trash

Date de sortie : 16 avril 2021 | Labels : Araki Records, Day Off Records, Kerviniou Recordz, Pied De Biche Records

Deux yeux en pétales de rose, quatre doigts manucurés pour les dents et une alliance, un rire à gorge déployée et un chien un peu humain, White Trash façon The Year Punk Broke comme le nom du groupe : Carver. C’est déjà beaucoup d’informations pour une même pochette mais ça correspond bien aux quatre morceaux qu’elle encercle : du collage, un souffle punk et libertaire, très frais et un truc un peu rigoriste dans l’arrière-plan en noir et blanc. Quatre morceaux seulement mais qui font suite à sept autres parus en 2019, enfermés dans un Boucing In The Yards autoproduit et ces onze-là énoncent un paradigme : on touche à tout et on s’amuse mais on le fait très sérieusement.
Sous les atours foutraques, c’est tout de même très ciselé : la voix étranglée batifole sur un parterre rythmique au cordeau, les riffs se construisent et se déconstruisent, le saxophone vibrionne avec parcimonie, toujours au bon moment et les morceaux semblent durer bien plus longtemps que leur durée réelle.
Par exemple, Calypso, la deuxième occurrence. Un morceaux très balisé qui n’arrêtent pas de perdre ses balises, on part dans une direction mais on en suit une autre, on avance droit devant en n’arrêtant pas de tourner et on saupoudre le tout d’une bonne dose de répétition qui ne se répète jamais. Il y a donc pas mal de chausses-trappes dans la Grand Voie et c’est très chaotique mais on ne ressent aucun à-coup. Du coup, le lecteur annonce presque quatre minutes mais on a l’impression que ça en a duré huit et pourtant la fin arrive bien trop vite.
Il en va ainsi des trois autres morceaux (et des sept qui les ont précédés). C’est structuré-déstructuré juste ce qu’il faut, assez sec aussi mais aussi assez luxuriant et si ça renvoie à des choses que l’on connaît déjà (outre les racines charentaises forcément, on y retrouve un peu la rigueur de ChooChooShoesShoot mêlée à un minuscule brin d’un joyeux cubisme à la Papaye par exemple mais avec un très fort accent chicagoan), Carver à cette capacité à effacer les repères et à ne faire exister que sa musique au moment où elle advient. Bref, on passe un très bon moment avec White Trash.

Mais sans doute est-il temps de faire les présentations : Carver renvoie certes au Raymond du même nom dans ses intentions minimalistes et intenses mais c’est aussi un trio. À la guitare, aux invectives et au saxophone parcimonieux, Thomas Beaudelin aka Tom Bodlin, à la basse cisaillée, Nicolas Monge et à la batterie métronomique mais pas toujours, David Escouvois ; pas vraiment les premiers venus eu égard au pedigree maousse de chacun (pêle-mêle Café Flesh, Franky Goes To Pointe À Pitre, My Own Pleasure, liste bien sûr non exhaustive). Pourtant Carver ne sonne jamais comme une somme même si on identifie assez facilement d’où viennent les courants qui l’irriguent. En revanche, une fois ces courants coincés dans les morceaux, l’encéphale les oublie immédiatement et tatapoume au diapason de White Trash.
D’emblée, c’est Priests et son itinéraire forcené/accidenté : batterie monomaniaque puis basse carénée puis guitare tour à tour virevoltante et acérée puis voix expectorée et quelques gouttes de saxophone. Comme une présentation de tous les ingrédients insérés dans la mixture économe et tendue. Ensuite, c’est Calypso sur lequel on ne reviendra pas qui poursuit la même voie tout en rompant avec elle. Puis Everyone Knew montre les crocs, tabasse et assène et c’est au tour de The Girl Next Door de filer sa dentelle pleine de trous et de gimmicks cuivrés surprenants.
On le voit, la palette est assez large, une patte pourtant s’en dégage : c’est comme une logorrhée remplie d’embranchements mais qui reste au final assez ténue et n’en est donc pas une. Les coups d’enclume succèdent aux lignes brisées, les idées se bousculent mais ne sont jamais ni tout jute esquissées et encore moins abandonnées, le trio les exploite à plein et malgré le côté sec, White Trash montre alors une belle densité.
Contenant tout ce que montrait déjà Bouncing In The Yards mais ramassé en seulement quatre titre, inutile de dire que cet incandescent E.P. fait impatiemment attendre la suite.

(leoluce)

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