Ensemble Economique

Melt Into Nothing

Label(s) : Denovali Records
Sortie : 27 juin 2014

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Nouvel opus d’une lignée déjà longue ayant vu le jour en 2008, Melt Into Nothing a enfin réussi à atteindre les couches les plus enfouies de mon encéphale. Pourtant, depuis Starving Weirdos, RV Paintings et tout ce que Brian Pyle a pu sortir sous l’alias d’Ensemble Economique, force est de constater que le paradigme reste inchangé : toujours cette mystique de la lenteur et du sombre, cette ambient vaporeuse qui laisse le temps aux notes de se transformer en images ou en sensations dans la boite crânienne, ce goût de cendre et de pluie reconnaissable entre mille. Globalement les mêmes armes donc mais sans doute moins abstraites ou contondantes cette fois-ci. Pas non plus une grande mutation, plutôt une légère incurvation. Ainsi, nulle trace de la longue piste stérile qui ouvrait l’opus précédent mais un Your Lips Against Mine à la place, chouette collaboration avec Sophia Hamadi (actuelle moitié d’Opale, ex-Playground) et DenMother marquant de son empreinte fantômatico-gothique tous les titres suivants. Une entame des plus parfaites, lente et glacée, qui pose en moins de cinq minutes les bases d’une approche somme toute inédite chez Brian Pyle : travailler la matière et manier les textures sans pour autant sacrifier la mélodie sur l’autel des atmosphères. Envolées les expérimentations pelées et absconses qui venaient régulièrement perturber la dynamique de Light That Comes, Light That Goes mais une poignée de titres sacrément bien écrits et presque accueillants qui permettent à Melt Into Nothing d’atteindre plus d’une fois les limbes ou en tout cas le chemin jusqu’au creux de nos entrailles pour y libérer une nuée de papillons bariolés aux infinies nuances de gris. Il en résulte ce Hey Baby miraculeux, grand morceau triste à mourir mais pourtant lumineux qui électrise toutes les cellules de l’épiderme en même temps et rappelle en quelques notes majestueusement égrainées mêlées à des chœurs éthérés pourquoi le post-punk fut un tel choc esthétique. Un truc que l’on pourrait écouter en boucle si d’autres moments de grâce n’émaillaient pas le disque. Mais voilà, de Fade For Miles à Never Gonna Die, Ensemble Economique livre une poignée de titres sacrément accrocheurs et rompt la chrysalide grise dans laquelle on avait fini par l’enfermer.

Lent, imposant, dessinant de longs drones majestueux qui finissent par recoller ensemble le glacial, le sombre et le lumineux, Melt Into Nothing se meut dans un entre-deux flou et indéfini où des ectoplasmes shoegaze languides disputent aux mornes fantômes cold et gothiques le moindre recoin d’un disque vraiment énigmatique et envoûtant. Dire que l’on y rentre pour n’en sortir qu’à la toute fin, alors que plus rien ne subsiste, relève alors de l’euphémisme. On tient sans doute là ce que Brian Pyle a sorti de plus accaparant, atteignant un parfait équilibre qu’il n’avait jusqu’ici qu’effleuré entre une mécanique froide et distante et des mélodies qui ne semblent avoir été écrites que pour soi. Les ossatures apparaissent en filigrane, les guitares, tour à tour célestes et plombées, s’érigent sur un tapis rythmique moribond où percussions étouffées et chœurs lointains tentent de maintenir les fondations. À plusieurs reprises, un éther froid rempli l’espace de réception et engourdit les tympans, les muscles, le corps, chaque note se voyant alors dotée d’un impact amplifié au regard de l’immobilisme que provoque Melt Into Nothing. Cette musique n’est pourtant pas anesthésiante mais les remous qu’elle charrie ne sont tout simplement pas visibles de l’extérieur. Jamais trop éloigné de grandes figures tutélaires telles que My Bloody Valentine, Slowdive, This Mortal Coil ou encore Cocteau Twins, Ensemble Economique n’est pourtant pas une ombre surgie du passé et l’imbrication des drones aux paysages majoritairement muets confère à sa musique des accents pour le moins contemporains. On ne s’étonne donc pas de retrouver le vénérable logo de Denovali Records sur une pochette qui privilégie bien évidemment le noir et le gris, parfait écrin aux six titres troublants et troublés d’un disque que l’on n’a pas fini d’écouter. Alors bien sûr, d’aucuns diront que tout ceci est un poil trop ectoplasmique, que tout a déjà été dit avant et que le manque de contours manifestes ne retient pas la substance des morceaux qui se vident inexorablement. Les frissons qui parcourent l’épiderme (le mien tout du moins) à l’écoute de Melt Into Nothing balaient pourtant tout cela d’un simple revers de la main.

Loin d’être un ego trip nostalgique pour cheveux gris, ce nouvel essai de Brian Pyle devrait conquérir nombre de paires d’oreilles étant données l’élégance, la majesté et la vraie personnalité dont il ne se dépare jamais. Un terrain de jeu idéal pour jouer aux osselets avec les idées noires et les expulser loin du cercle d’écoute. Pour pousser les dernières gouttes de spleen à s’évaporer. Pour s’extirper de soi et flotter dans les airs, maintenu là par les accords tristes d’une guitare solennelle. Ses tonalités sont peut-être très sombres mais à leur écoute, on se sent irrémédiablement bien.

Magnétique.

 leoluce

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