Ex Fulgur

Post-Humanité

Label(s) : Kerviniou Recordz
Sortie : 21 décembre 2020

Post-Humanité est dans l’exacte continuité de Noires Sont Les Galaxies et on retrouve dans ces huit nouveaux morceaux tout ce qui nous avait fortement accroché aux huit premiers : les nappes froides et les beats minimalistes de Saitam, la guitare torturée de Mistress Bomb H, la voix déclamatoire et les textes ciselés d’Odilon Violet bien sûr mais aussi l’humeur générale oscillant entre onirisme tourné vers l’intérieur de l’enveloppe humaine et lucidité exacerbant tout ce qu’il l’entoure. On s’y emmitoufle mais on n’est pas vraiment à l’aise, on s’en détourne mais on est quand même bien mieux dedans et on y revient sans cesse.

D’autant plus qu’il y a beaucoup à détailler. Du côté des apports de chacun évidemment, le tapis synthétique ultra-travaillé est déjà en soi très prenant mais l’est encore plus conjugué à l’acide des guitares et réciproquement et la voix prise pour ce qu’elle est – juste une voix – rajoute une dimension supplémentaire au champ de ruines. Si on se concentre sur ce qu’elle dit, les mots très personnels qu’elle utilise formant des images précises derrière les yeux (« Derrière la porte/il y a la télé qui cogne » ou « et on voit/le mouvement étrange de tes bras/balayer l’air/tandis que tu cours vers la mer » par exemple font naître de véritables plans séquences dans la boîte crânienne), on s’enfonce encore plus profondément dans le disque. Mais c’est surtout quand on le laisse le tout advenir sans tenter de l’analyser que l’impact de Post-Humanité est le plus fort et qu’il fait le plus mal. Non seulement les éléments qui le composent impressionnent mais c’est bien l’amalgame qui sidère et celui-là, encore plus que Noires Sont Les Galaxies, va nous accompagner longtemps.

La musique du trio donne l’impression d’avoir gagné en clarté. Tout était déjà bien en place mais aujourd’hui, la greffe est achevée et Ex Fulgur est devenu indivisible, chacun n’étant envisageable que dans l’empan des deux autres. Les synthétiseurs hypnotisent et les guitare lacèrent, elles ne se contentent pas de souligner le propos, elles y participent et là où auparavant on ne saisissait pas forcément tout, aujourd’hui plus rien ne vient faire barrage entre leurs doigts et notre encéphale. Bien sûr, c’est imperceptible mais Post-Humanité est pourtant un cran au-dessus et Ex Fulgur a encore gagné en envergure.

Il y a déjà l’impressionnant Prière au mitan du disque, se déployant sur un texte marquant de Sony Lambou Tansi. Les nappes déspost-humanisées soufflent un vent mauvais qui ne cesse de s’alourdir et lorsque les guitares plombées se greffent à l’ossature, c’est la désolation partout. Un vortex se crée et creuse les strates pour venir se loger directement dans le ventre et vibrionner à l’unisson de la boule noire qui s’est toujours tenue là.
Il y aussi Odalisque. Le tube de Post-Humanité. Impossible de résister. Quelque soit le contexte d’écoute, on finit toujours par se désaper à l’unisson des mots jusqu’à se sentir comme celle d’Ingres et à danser les larmes aux yeux et le sourire aux lèvres, sans vraiment savoir ce qui, de la gêne ou du plaisir, prend le dessus.
Et tout autour de cette doublette magnifique, même combat et c’est au minimum prenant. De La Chose Derrière La Porte à Gnou, on frissonne pas mal, on rigole aussi mais la plupart du temps, on scrute le noir et Ex Fulgur le malaxe avec beaucoup de finesse et de virtuosité.

Sous sa pâte, ce n’est pas un aplat uniforme. Au contraire, on y distingue pas mal de nuances et la complexité affleure de partout. Tout ce qui paraissait si simple au départ – les nappes, le tchack-poum en plastique, les riffs, la voix – s’emboîte parfaitement en vignettes tout à la fois hirsutes, renfrognées et délicates qui touchent infiniment. Très dense, Post-Humanité résonne comme son titre et l’humanité nouvelle qu’il promet n’est pas vraiment une humanité améliorée. Tout, des sons aux mots, des inflexions majoritairement graves à la photographie de la pochette (« Züm Umschlagplatz » prise lors du soulèvement du ghetto de Varsovie en 1943), suggère qu’on est déjà dans l’après et on ne l’avait pas vu venir. Ex Fulgur fournit la bande son idéale de notre ère dégueulasse, son synth-post-punk-cold-wave-whatever se distingue largement du tout-venant par son humanité et colle à son époque en résonnant avec beaucoup de justesse.

Grand.

Pour l’heure uniquement disponible en version numérique sur le bandcamp de Kerviniou Recordz, une version vinyle va néanmoins vite voir le jour.

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  • Bonjour :)

    Dite moi, vous ne faites plus de classement de fin d’année ? C’est dommage var comme pour IRM pour ne citer que eux, vous proposez toujours des classements bien pertinent ou on ne retrouvent pas les même partout, c’est dommage.
    Peut être cette année ?
    Passez une belle journée !

    Akasha.