Orchestra Of Constant Distress

Cognitive Dissonance

Label(s) : Riot Season
Sortie : 26 avril 2019

Orchestra Of Constant Distress, Cognitive Dissonance, le tout sortant chez l’intransigeant et vénérable Riot Season : n’en jetez plus, la chronique pourrait s’arrêter là, il me semble que tout est dit. Toutefois, pour être tout à fait exhaustif, précisons que l’orchestre agrafe deux Skull Defekts (Joachim Nordwall, Henrik Rylander) à un Brainbombs/No Balls (Anders Bryngelsson) et un Human Waste (Henrik Andersson). C’est pratique parce que ça permet de sauter l’étape (sûrement utile, toujours pénible) des supposées influences/réminiscences et surtout parce que ça permet de circonscrire le propos : effectivement, ces quatre-là ensemble sonnent exactement comme on imaginait qu’ensemble ils sonneraient. Un riff sur le même riff sur le même riff sur le même riff sur le même riff sur le même riff, du feedback partout et des bruits parasites dans les interstices durant un nombre déraisonnable de minutes, fin du morceau et même combat pour tous les suivants. Enfin, en tout cas, ça c’était pour les deux premiers disques : l’éponyme en 2017 et Distress Test en 2018 que l’on s’enquille certes avec prudence (c’est-à-dire rarement) mais que l’on s’enquille encore néanmoins (dès que le besoin de tester ses limites psychiques devient irrépressible par exemple). Aujourd’hui, c’est un (tout petit) peu différent. Le paradigme semble avoir muté. Pas beaucoup, hein, mais quelque chose a incontestablement changé. La répétition psychopathe et les strates de bruit sont toujours bien présentes mais cette fois-ci, on peut s’accrocher à des ersatz de construction, comme si certains morceaux partant du point A allaient péniblement au B alors que jusqu’ici, ils restaient drastiquement bloqués sur le A et refusaient d’en bouger. Il en va ainsi de Discomfort par exemple qui ouvre Cognitive Dissonance mais pas du tout de Pride planqué en troisième position, retrouvant les élans masochistes qui faisaient l’ordinaire de ses deux aînés. Ces deux bornes suffisent à définir l’album qui, une nouvelle fois, se révèle très addictif.



Qu’on ne s’y trompe pas toutefois, Orchestra Of Constant Distress demeure ce truc jusqu’au-boutiste empruntant aux formations qui l’alimentent les traits les plus tordus : le nihilisme, le glauque, l’abrasion, l’écrasement consciencieux et la répétition aliénée. Simplement a-t-on l’impression qu’en entrouvrant légèrement ses persiennes, en invitant la nuance dans l’équation, l’hydre suédoise a encore gagné en pouvoir de nuisance. L’attraction fait désormais jeu égal avec la répulsion et on aime se faire mal avec le disque parce qu’il se montre in fine salement séduisant. Même les variations infimes du presque quart d’heure de Pride aimantent un tout petit peu plus que tout ce que l’Orchestra a pu sortir jusqu’ici. Pourtant, à bien y regarder, rien ne vient arrondir les angles et le morceau n’est ni plus ni moins qu’un long maelström d’ondes corrosives qui se déploient sans se presser. En revanche, la musique montre une clarté nouvelle et – osons – une variété inédite. Les titres se différencient aisément les uns des autres et on arrive à distinguer chaque proto-riff sans faire beaucoup d’efforts (eux qui donnaient auparavant l’impression d’être interchangeables, ce qu’ils n’étaient pas bien sûr). Pour le reste, ne vous attendez pas à écouter quoi que ce soit de confortable, Cognitive Dissonance est certes légèrement moins claustrophobe que Distress Test ou celui d’avant mais l’est nettement plus que n’importe quoi d’autre et s’y lancer, c’est accepter de perdre ses repères et affronter quelque chose d’extrêmement virulent qui s’attaque à l’encéphale comme l’abrasif s’attaque au bois. Mais rien à faire, Gratitude, Hope suivi immédiatement d’Hopelessness, Guilt et leur petits copains psychopathes enferment irrémédiablement dans leur filet les quelques neurones qui subsistent après leur passage dévastateur dans la boite crânienne. Du coup, on comprend – pardon, on ressent – la fumeuse Cognitive Dissonance promise par le titre : c’est infiniment dégueulasse mais encore plus sûrement beau.

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