Varsovie – L’Ombre Et La Nuit

Date de sortie : 21 mai 2021 | Label : Icy Cold Records

Quatrième album et si rien ne change en apparence, ça change tout de même. Alors, bien sûr, c’est assez indéfinissable. Les traits principaux perdurent – c’est nerveux, très écrit, ça frôle l’emphase à certains moments sans jamais l’atteindre vraiment et on reconnait sans peine le post-punk très personnel de Varsovie – mais agrémentés de quelques nouvelles directions joliment subtiles. L’Ombre Et La Nuit s’essaie par exemple au ténu en rompant avec son monolithisme habituel et ça donne des morceaux qui nuancent la dynamique d’ensemble mais sans jamais la diminuer (Ne Plus Attendre, L’Ombre Et La Nuit ou Spectres plus loin). C’est moins systématiquement pieds au plancher mais c’est aussi plus tranchant. Du coup, le duo donne l’impression d’épaissir sa musique en y injectant des petites gouttes de densité sans la remanier de fond en comble et au bout du bout, si tout est pareil, c’est une nouvelle fois un peu différent.
D’un autre côté, comme il est à peu près le seul à investir ce pré carré singulier, celui d’un post-punk lettré chanté en français, Varsovie peut bien faire ce qu’il veut – asseoir le prototypique (Sur La Nature Du Vide), rendre hommage (Kissa Kouprine), jouer sur la tension (Magnitizdat), explorer le bas du spectre (Cas Contact) ou oser le chanté-parlé (Evelyn McHale) – tout en restant immédiatement reconnaissable. Alors, on pourrait reprocher au groupe de faire indéfiniment du Varsovie mais ça serait totalement injuste : ce n’est pas le cas et s’il y a une vraie continuité entre les albums, il y a aussi une vraie évolution et L’Ombre Et La Nuit demeure tout aussi estimable que ses prédécesseurs. Au final, rien ne vient amoindrir notre attachement au duo.

Ça commence donc prototypique via Sur La Nature Du Vide, le texte chevillé à la musique sans la moindre redondance. L’un sert l’autre et inversement. Guitare, basse (Grégory Cathérina) et batterie (Arnault Destal) inextricablement liées dans un même élan donnant souvent l’impression que le duo n’en est pas un. Mais non, ils ne sont que deux pour construire tout ça. Le batteur écrit les textes que le guitariste expulse, psalmodie, susurre, crie et ça aussi participe pour beaucoup à la grande cohésion de Varsovie. Un vrai travail à quatre mains indivisible et imperméable à tout ce qui peut venir de l’extérieur (même si l’on entend la voix de Yelena Mitseva venir hanter deux titres) et des morceaux ciselés avec minutie bien que toujours instinctifs.
De la nuance, on l’a déjà dit, mais encore cette trajectoire d’ensemble tendue et nerveuse qui façonne de très beaux moments : Evelyn McHale du nom de cette toute jeune comptable américaine suicidée depuis le quatre-vingt-sixième étage de l’Empire State Building et dont le visage est pourtant resté intact malgré sa chute vertigineuse, Magnitizdat, Ne Plus Attendre, L’Ombre Et La Nuit ou L’Offensive (et franchement, tous les autres) entraînent sans mal les neurones dans leur sillage torturé mais jamais tortueux et colonisent l’encéphale.
Alors bien sûr, le groupe ne fera jamais l’unanimité – trop écrit, trop démonstratif pour les un.e.s, trop engoncé, trop connoté pour les autres – mais ne décevra personne en restant fidèle à lui-même tout en explorant de nouveaux chemins de traverse. De mon côté, c’est une nouvelle fois un carton plein et je n’ai pas fini de scruter la chevelure littéralement en cendres de la toujours classieuse pochette (Deborah Sheedy et Nicolas Garnier).

(leoluce)

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