The Red F

Balm of Gilead

Label(s) : Microcultures
Sortie : 20 mai 2016

Dans un mois, ça aurait fait un an que je n’avais pas écrit de chronique. Donc toute responsabilité est déclinée quant au fait que l’album ici présenté date du mois de mai. C’était ça ou rien.

Deux gars de Portland avaient produit à ce moment là un premier album, qui devrait sortir sous peu chez les français de Microcultures, maison spécialisée dans le financement participatif et la pop à large spectre. Quand on a passé l’été à écouter Earlimart, tout ersatz d’Elliott Smith, avec ce qu’il faut de mélancolie automnale à l’intérieur, avait des chances d’être accueilli avec chaleur et légère obsession. The Red F, c’est Tim Burns (Phantom Buffalo), sa voix, sa guitare et ses mélodies, et Vince Nez, qui enrichit la trame d’un mélange de violoncelle, trompette, percussions, viole et j’en passe. C’est une guitare sèche au premier plan, qui s’épanche en même temps qu’elle s’enroule dans des plages venteuses et douillettes de synthétiseur. C’est des changements de rythmes comme des chemins de forêt, qui bifurquent au hasard et qui cassent la structure de pop-songs dans laquelle on serait tenté au premier abord de ranger ces neuf titres. C’est la voix de Tim Burns, un peu brumeuse, assez haute, qui, portée par les clochettes du glockenspiel, donne un accent de valse extatique, de carrousel illuminé, à la mélodie toute simple de Sang Like Machines. Le flux évolue alors vers des stridulations et des courants d’air plus hostiles, pour faire sentir, au cœur d’Ochard Avenue, le timbre de Burns apaiser l’urgence des arpèges. Ça monte, ça se retire, ça s’arrête presque, et la tendresse des inflexions en fait de douloureuses caresses.

Balm of Gilead est un disque fugace, d’à peine plus d’une demi-heure, qui réussit à faire tenir dans pas grande chose une brassée d’images et de sensations d’air piquant, de craquements sylvestres, de joues rougies et de lumière rasante. On pense à un Gravenhurst folâtre (paix à lui) ou à un Hospital Ships cafardeux. Si la guitare prend parfois des airs d’americana minimaliste (The Story), on navigue le plus souvent le long d’un courant folk, teinté d’un halo, ténu mais persistant, de psychédélisme. Mais s’il y bien un truc à crier, c’est mon amour pour cette voix qui, toute haute, pure et claire qu’elle soit, donne envie de se rouler dedans et de s’en faire des couvertures. Alors qu’il se répète en boucle, l’album se maintient sur le fil, loin tant du mièvre que du morose. La délicatesse instrumentale et la justesse du ton transcendent ainsi la nostalgie qui imbibe le disque. La beauté quelquefois, ça tient à toute la joie un peu triste que peuvent contenir quelques bidouilles électroacoustiques.

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