Krause – The Ecstasy Of Infinite Sterility

Bon, allons directement à l’essentiel : si vous avez aimé – comme moi – le précédent 2am Thoughts, vous allez aimer celui-ci. Exceptée la pochette (on y reviendra), on retrouve ici tout ce qui fait le sel de Krause : deux guitares féroces qui enclument férocement, une basse fracassée qui fracasse, la batterie sacrifiée et par-dessus, des voix trafiquées qui éructent et – littéralement – se liquéfient. Ça suinte la colère et l’envie de tout foutre en l’air (y compris soi-même). The Ecstasy Of Infinite Sterility avance en mode rouleau compresseur tout du long mais n’est jamais exempt de finesse et sait multiplier les azimuts pour nous empêcher de faire le tour de la question en quelques écoutes. C’est vrai qu’on prend tout en pleine poire mais il serait dommage de s’arrêter à ça, le noise-rock des Grecs ne se contente pas de puiser dans les eaux tumultueuses d’Am Rep, Touch & Go et consorts, il perpétue et donc actualise, développe et finit par tracer une voie qui n’appartient qu’à lui. Ça avance droit devant certes mais ça se tord aussi dans tous les sens et il y a toujours un moment où Krause largue les amarres pour contempler le champ de ruines d’un peu plus haut (Real Men Live Off Waitresses). Alors certes, on est en territoire connu mais il n’en reste pas moins que The Ecstasy Of Infinite Sterility cueille comme 2am Thoughts cueillait en son temps : également virulent, partagé entre morceaux véloces et incandescents, structures plus lourdes et fuyantes, passages psycho-perchés et rage partout, le disque exsude des senteurs de violence et de souffre qui ont tôt fait de se caler dans l’encéphale pour infléchir la course des idées et les précipiter dans le gouffre. Ce n’est évidemment pas très avenant dit comme ça mais c’est extrêmement salutaire.

Les guitares se partagent toujours la hauteur du spectre et lorsque l’une trépigne dans les bas-fond en pulvérisant tout ce qui se dresse devant elle, l’autre trace des zébrures inattendues et tricote une dentelle dégueulasse. Basse et batterie aident la première à bétonner les fondations. Les voix, un peu plus en avant cette fois-ci, ne lâchent jamais leur obstination, quelques samples viennent surligner le propos sans être redondants et tout cela confère à l’ensemble une grande urgence : outre les missiles dévastateurs (Romance, Adventure And A Date With Destiny, Live Like A Man, Die Like An Animal ou encore Paingod), on relève quelques morceaux un poil plus lents mais tout aussi carnassiers (Blister King ou Straw Dogs en mode Unsane) et puis vient encore ce Real Men Live Off Waitresses, épopée de plus de huit minutes où Krause enfile des frusques psycho-doom sans rompre son indéboulonnable cohérence. Il y a là-derrière une forme d’engagement qui fait sonner chaque note comme si elle devait être la dernière et un art de la construction efficace que le disque ne dément jamais. Rien (absolument rien) à jeter, tout à ressentir. Ça Cows aux entournures, ça early-Cherubs, ça Karp et ça Unsane mais la ligne brisée tracée par le groupe se comporte in fine comme un segment rectiligne qui partant de Krause ramène à Krause, comme si rien n’avait existé avant. Ces gars-là maîtrisent leur propos (on ne reviendra pas sur leur pedigree maousse dans l’underground grec) et ce qu’ils jouent correspond exactement à ce qu’ils sont. Bref, même si on regrette la belle élégance de leur première pochette – à la place, un truc assez immonde dégueulant de couleurs qui malgré tout me semble être un bon résumé du titre – ce nouvel album est une nouvelle fois à tomber.

Magistral.

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