Richard Devine

Risp

Label(s) : Detroit Underground
Sortie : 04 décembre 2012

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Sur le thème “There’s too much, too much, too much.” Un disque beaucoup trop compliqué, indigeste, ampoulé; il y a un peu trop de tout partout, mais… c’est pour cela que vous l’aimez…” de la 8ème édition du Grand Jeu sans Frontières des Blogueurs Mangeurs de Disques.

Risp, univers ou microcosme, mais en réalité lieu hors du temps et même de l’espace, “là” où le concept même d’abstraction ne parvient plus à s’agripper à un semblant de déjà-vu. À la manière d’un labyrinthe sans fin, voire dénué de début au sein duquel le seul questionnement un tant soit peu pertinent se résume à savoir si l’on suit bel et bien une direction, le disque ne s’appréhende pas comme un objet traditionnel. En réalité, ce labyrinthe n’a pas de limites, car ces dernières sont multiples, même innombrables.

 

Forme de vie perdue dans une montagne de câblages entortillés et de diodes aux lumières inconstantes, cette dernière production signée du cortex (et d’une armée de machines) de l’Américain Richard Devine interpelle, fascine, tout en provocant un profond malaise et une inévitable sensation de vertige due en majeure partie à toute la complexité des rythmiques. Paru sur l’excellent label Detroit Underground, et embelli de monstrueux visuels tirés de l’esprit de Dmas3, Risp n’est rien d’autre qu’un gigantesque uppercut. La démonstration de force est fatale, et il n’est point trop risqué d’admettre que Richard Devine excelle dans son domaine. Le sound-design. Et cela même en dépit du caractère totalement insondable de ses productions. Il n’est pas non plus osé de dire qu’il s’agit là de son travail le plus abouti. Le résultat traduit mot pour mot tout le processus de création cumulé en amont, largement épaulé par les langages de programmation (entre autre). C’est du moins ce qu’il paraît évident de supposer, le simple fait d’espérer comprendre le pourquoi du comment étant voué à l’échec. À grands coup de random function, Richard Devine laisse parler le hasard pour mieux le maîtriser. Mais peut-on réellement parler de hasard pour un produit finalement dompté par l’idée même d’un hasard pré-programmé? Non. L’Américain connaît et contrôle chacune des cartes qu’il a dans son jeu, et ce même sans voir quelle en est la couleur. Risp est pleinement abrupt, parfois limite gerbant, engraissé aux 0 et aux 1 mais force le respect, même si tout ce joyeux bordel n’est pas obligatoire pour apprécier le génie du bonhomme.

 

Au milieu du chaos, l’esthétique demeure. L’album puise son charme 5.0 dans tout ce qui peut le rendre hautement détestable. Beaucoup trop complexe, assommant, Risp n’en reste pas moins une colossal tuerie, qui soulève de nombreuses questions quant à la musicalité de l’objet à de bien multiples moments. Mais en fin de compte, nous n’en avons strictement rien à faire. Après plus d’une heure de passage à tabac, on ne se pose plus de questions. Nous n’avons absolument rien compris à ce qui vient de se dérouler, mis à part que la prouesse dépasse l’entendement. Afin de clôturer l’aventure, le cyborg s’est entouré de quelques compères geeks plus ou moins issus du même crew. Vaethx, Valance Drakes et Gordan Loopshaunt notamment. Légèrement moins jusqu’au-boutiste que le maestro, ils ne ridiculisent en rien le tableau qui nous est offert, et poursuivent avec justesse dans les chemins sinueux d’une musique pour laquelle Luigi Ruissolo aurait été forcé de changer de caleçon par admiration. 7 années de production pour sortir le bijou, une de plus pour la digestion me concernant.

 

_inoui_

 

 

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  • Hors du Temps et de l’Espace dis-tu …
    Oui, mais on est bien chez Rabbit et ses potes ici, je reconnais !

  • Désolé, je ne peux pas !!!!!

    • Inoui :

      Ca peut se comprendre :)

  • Sb :

    Extra, merci pour la découverte.

  • Bercé au son d’Aphex Twin ? Etrangement, j’accroche…

  • J’ai pas de moyen d’écoute d’où j’écris, mais du “too much” chez vous, ça doit être quelque chose!

  • Chris :

    Je ne connais pas ce Richard Devine mais ça me rappelle un peu Aphex Twin, Autechre…que du bon!

  • Pareil, j’ai du trop écouter Confield, et EP7, plus quelques Aphex Twin, mais je ne suis pas perdu un seul instant. Il faut dire que les deux Autechre que je cite ci-dessus, je me les suis enfilés un nombre de fois incalculable et assez jeune, ça a dû me formater un peu.
    J’aime beaucoup donc et pour le coup je trouve ça assez immédiat, et pas si too much que ça, même si ton choix est pertinent.

    C’est de bon goût de citer l’auteur de “l’Art des Bruits” dans un tel billet. J’ai essayé de convaincre des membres de ma famille, plus âgés, du caractère musical de morceaux électroniques / ambiants / déstructurés de la sorte, en m’appuyant sur ce bouquin, le weekend dernier. Ben ça marche pas sur des gens biberonnés aux radios FM.

    • Rabbit :

      Un de mes favoris Confield, pas aussi hardos qu’Untitled ou Chiastic Slide mais c’est clair qu’il fait pas partie des faciles, en plus !

  • Il me manque une porte d’entrée, un fil qui me guide, un chemin qui se trace, c’est ue musique dans laquelle je vais à reculons alors qu’il faudrait qu’elle absorbe et me prenne en elle. Je n’ai toujours pas compris ou c’est arrêté mon parcours d’éveil aux musiques, quand le chemin de l’expérimental au sens large du terme n’a plus éveillé en moi l’envie d’un effort de simplement vouloir écouter avec des oreilles neuves. Suis je trop vieux pour marcher sans repères ? Pourtant à l’époque kraut tout me stimulait. Etrange ! Je me dis souvent que pour ces musiques me manque juste celui qui me procurera le plaisir d’évoluer.

    • Rabbit :

      Oui il faut vraiment une porte d’entrée pour en arriver à Autechre ou en l’occurrence Richard Devine et vraiment apprécier ce genre d’électronique abstraite et radicale. Pour moi ça a été les Selected Ambient Works puis le Richard D. James Album d’Aphex Twin, parfaits chaînons manquants avec une électronica plus douce et mélodique. Boards of Canada ou Plaid doivent pouvoir faire l’affaire aussi.

    • Boards Of Canada j’ai déjà adopté mais la passerelle vers A Twin m’est difficile, j’ai essayé sans trop de succès, même si quelques morceaux me sont restés … il ne faut pa oublier que j’ai du mal avec le bop, un peu cette même sensation de me perdre dans trop d’infos qui me tuent la mélodie, qui ne me font plus penser notes mais bruit.